Le Réseau Ouest-Africain des Défenseurs de Droits Humains et Human Rights Watch, respectivement représentant de leurs institutions auprès du conseil des droits de l’homme ont conjointement organisé une visite au Bénin, au Togo et au Nigéria. Au cours de ces visites ces deux institutions ont partagé avec les pouvoirs publics et l’observatoire des journalistes l’approche qui reflète leur engagement auprès du Conseil des Droits de l’Homme.

Le Conseil des droits de l’homme étant le principal organe intergouvernemental du système des Nations unies en charge du renforcement de la promotion et de la protection des droits de l’homme dans le monde, il a pour fonction de promouvoir le respect universel et la défense de tous les droits de l’homme, mais aussi d’examiner les violations des droits de l’homme et de faire des recommandations à leur sujet.

Pour remplir son mandat et renforcer sa crédibilité, le Conseil des droits de l’homme doit avoir un impact durable et direct sur la vie des victimes de violations des droits humains. Les Etats membres doivent aussi renforcer leurs efforts pour renverser l’obstacle créé par la sélectivité qui a marqué le Conseil. Ce dernier a été en mesure de réagir à certaines crises, mais est resté silencieux sur d’autres :

• La capacité de réagir à toutes les crises de droits de l’homme où qu’elles éclatent sans sélectivité ;
• La capacité de s’imposer aux Etats les plus répressifs ;
• La capacité d’assurer le suivi efficace de ses recommandations et de ses décisions ;
• La capacité de créer des mécanismes de protection avant que des victimes soient affectées par des violations des droits humains.
Durant ces rencontres, le ROADDH et Human Rights Wtach avaient  pour mission de :
– Sensibiliser les officiels du Ministère des Affaires Etrangères ( Bénin, en tant que nouveau membre du Conseil des droits de l’homme) sur l’approche partagée par les ONG auprès du Conseil.
–          Favoriser un engagement plus fort des ONG nationales sur le suivi et l’influence de la politique étrangère en matière de droits humains en particulier au Bénin, ainsi qu’au Togo et au Nigéria.
–          Familiariser les médias locaux sur les fonctions du Conseil des droits de l’homme, les attentes des ONG régionales et internationales, et le rôle de leurs Gouvernements respectifs au sein du Conseil.

Vendredi le 25 Mars 2011, à l’issue de sa seizième session, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté une résolution sur la Côte d’Ivoire. La résolution, adoptée à l’unanimité des 47 pays membres du Conseil, est l’initiative du Nigéria, au nom du Groupe des Etats africains. Elle a été, notamment soutenue par le représentant de Côte d’Ivoire. Elle demande qu’il soit immédiatement mis fin aux violences, notamment à l’égard des femmes, et que soient respectés tous les droits de l’homme et toutes les libertés fondamentales en Côte d’Ivoire. Le Conseil, tout en réaffirmant son soutien au Président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, note avec inquiétude la détérioration de la situation humanitaire sur le terrain.

Lomé le 28 Mai 2010. Du 31 Mai au 1er Juin 2010, 52 Etats africains et la France se réuniront à Nice (France) pour le Sommet France-Afrique.

Le Réseau Ouest Africain des Défenseurs des Droits Humains (ROADDH/WAHRDN), saisit cette occasion pour attirer l’attention des dirigeants des Etats présents sur la précarité de la situation des défenseurs des droits de l’homme en Afrique et l’urgence d’une action forte en faveur de leur protection.

En effet, en 1998 l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les Défenseurs des Droits de l’Homme consacrait la reconnaissance universelle du rôle et de l’importance des activités de défense des droits de l’homme comme étant un droit (article 6(b), elle faisait également obligation aux Etats de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration (article 12.2).

Cependant, 12 ans après son adoption et la mise en place des mandats de protection des défenseurs des droits de l’homme (Rapporteurs Spéciaux) tant au niveau international que régional, la défense des droits de l’homme en Afrique demeure périlleuse pour ceux qui y oeuvrent.

En Gambie, le 21 septembre 2009, le président Col. A.J.J Jammeh, parlant des défenseurs des droits de l’Homme, avait déclaré publiquement qu’il tuerait toute personne qui voudrait déstabiliser ce pays notamment les défenseurs des droits de l’homme et ceux qui les protègent.

Des droits universellement reconnus comme la liberté d’expression font l’objet de limitations plus ou moins légales qui sont à la base des dérives auxquelles l’on assiste.

Au Nigéria, 3 journalistes ont été assassinés dans le cadre des émeutes de Jos. Il s’agit de Nathan S.Dabak, rédacteur en chef du journal chrétien « Ligth Bearer » et Sunday Gyany Bwede reporter au même journal et Edo Sule Ugbagwo chroniqueur judiciaire au journal « The Nation ».

La liberté d’association et de manifestation fait l’objet de plusieurs violations dans de nombreux pays d’Afrique, ce qui rend ardue la tâche des défenseurs des droits de l’homme.

En Ethiopie, on note l’adoption le 6 janvier 2009 d’une nouvelle loi sur la liberté d’association, la “Loi sur les charités et les sociétés” qui crée un environnement très restrictif pour les défenseurs des droits de l’Homme et porte gravement atteinte à l’indépendance de la société civile, en imposant un contrôle et une surveillance stricte de la société civile, et incluant la définition d’ONG “étrangère” à toutes les ONG en Ethiopie dont plus de 10 % du financement provient de l’étranger, et interdit à de telles ONG de mener un grand nombre d’activités ayant trait aux droits de l’Homme. Le texte renforce également la possibilité pour le Gouvernement de refuser l’enregistrement, de dissoudre les associations, et de s’ingérer dans leurs activités.

Dénoncer la corruption est également une source de menace pour les défenseurs en Afrique qui conduit souvent à des arrestations arbitraires et des peines d’emprisonnement.

Au Cameroun, de M. Jean Bosco Talla, directeur de publication du journal Germinal et ancien membre du comité de pilotage du Programme concerté pluri-acteur (PCPA) a fait l’objet de menace de mort suite à la publication d’un rapport des biens mal acquis au Cameroun.

Au Congo, le 13 avril 2006, deux militants de la coalition « Publiez ce que vous payez », Christian Mounzeo et Brice Makosso ont été incarcérés à Brazzaville pour leur activisme contre la corruption.

Le droit à l’orientation sexuelle est mal compris de certains gouvernements en Afrique.

Ouganda, il faut noter l’existence depuis 2009 d’un projet visant à criminaliser l’homosexualité et la séropositivité.

Au Malawi, en mai 2010, deux Malawiens, Steven Monjeza et Tiwonge Chimbalanga ont été déclarés coupable d’« outrage aux bonnes moeurs et d’actes contre nature »et condamnés à 14 années de travaux forcés à cause de leur orientation sexuelle.

Dans les pays ayant connu des changements anticonstitutionnels, ou dans ceux où l’on note des violences post électorales, les attaques contre les défenseurs sont nombreuses et ces derniers sont stigmatisés et considérés comme des opposants politiques.

Au Zimbabwe, l’on note des menaces de mort à l’endroit de plusieurs défenseurs des droits de l’homme au cours du mois de février 2010. Il s’agit entre autres de M. Okay Machisa, directeur exécutif de l’Association des droits de l’Homme au Zimbabwe (Zimbabwe Human Rights Association – ZimRights), MM Nunurai Iéna, Netsai Kaitano et Jabilusa Tshuma, respectivement président régional du bureau de Mashonaland West, président régional du bureau de Chitungwiza et trésorier de ZimRights. Plusieurs autres ont été arrêtés en avril 2010, dont MM. Joel Hita, président régional de ZimRights à Masvingo, Lio Chamahwinya, Mme Olivia Gumbo, et Mme Cynthia Manjoro, membres de ZimRights, ainsi que M
Machisa; tous pour leurs activités de défense et de promotion des droits de l’homme.

Au Niger, plusieurs manifestations organisées pour dénoncer la réforme de la Constitution ont été violemment réprimées par les forces de l’ordre et ont conduit à de nombreuses arrestations. Depuis la promulgation de la nouvelle Constitution le 18 août 2009, qui a consacré notamment le caractère illimité des mandats présidentiels, les entraves aux libertés d’expression, de réunion et d’association se sont multipliées. Cela a été le cas de M. Marou Amadou, alors président du Front uni pour la sauvegarde des acquis démocratiques (FUSAD).

Les assassinats des défenseurs des droits de l’homme sont devenus monnaies courantes.

Plusieurs défenseurs ont été assassinés en république Démocratique du Congo depuis 2005. On peut citer les cas de Didace Namujimbo journaliste de Radio Okapi, abattu à Bukavu (Sud-Kivu) le 21 novembre 2008, Pascal Kabungulu, (Ligue des droits de l’Homme dans la Région des Grands Lacs et Héritiers de la Justice) assassiné le 31 juillet 2005; Serge Maheshe (Radio Okapi) abattu le 17 juin 2007 et Bruno Koko Cirambiza (Radio Star) tué dans des circonstances encore non élucidées le 22 août 2009.

En Guinée, plusieurs défenseurs des droits de l’homme ont été harcelés et incarcérés à la suite des événements du 28 Septembre 2009. C’est le cas de Thierno Souleymane Balde, Bah Souleymane, Bah Moctar.

Le développement économique, la démocratie et la bonne gouvernance ainsi que la sécurité et la paix; dépendent du respect et de la protection des droits de l’homme et de celle des hommes et femmes qui oeuvrent à leur réalisation: les défenseurs des droits de l’homme.

Le Réseau Ouest Africain des Défenseurs des Droits Humains:

(ROADDH/WAHRDN), demande aux Etats présents au Sommet France-Afrique de prendre une position publique et ferme en faveur de la protection des défenseurs des droits de l’homme en Afrique afin que le règne de l’impunité disparaisse en Afrique.

Le ROADDH/WAHRDN recommande donc:

Au Sommet Afrique- France de:

  • Faire une déclaration publique reconnaissant l’importance du rôle que jouent les défenseurs des droits de l’homme dans l’édification de l’Etat de droit et le développement de leurs pays.

Et aux Etats de:

  • Prendre les mesures nécessaires pour protéger et faire respecter les droits des défenseurs des droits de l’homme au niveau national, par la mise en place au sein de l’administration de points focaux qui seront chargés des questions des défenseurs;
  • Mettre fin à l’impunité dont jouissent des responsables des atteintes à l’intégrité physique et morale des défenseurs des droits de l’homme en s’assurant qu’ils sont traduits en justice et punis conformément à la loi;
  • Mettre en place des programmes de sensibilisation pour les agents publics, des forces de sécurité et l’armée sur l’importance du travail des défenseurs des droits de l’homme et s’assurer que des sanctions soient appliquées à l’encontre de ces agents en cas de violation des droits des défenseurs;
  • Assurer le respect du droit à la dignité humaine de tout un chacun conformément aux dispositions de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme;
  • Prendre des dispositions pour donner effet à la résolution 13/13 du 25 Mars 2010 du Conseil des Droits de l’Homme et celles de la Commission Africaine des droits de l’homme et des Peuples-/Res.104(XXXXII)07 et ACHPR/Res.119(XXXXII)07 sur la protection des défenseurs.