Placement sous mandat de dépôt des journalistes Chahana Takiou et Abdrahamane Keïta du Mali , respectivement les 08 et 09 juin 2026.
Le ROADDH a été informé de sources concordantes, de l’arrestation et de la détention de deux journalistes au Mali, respectivement les 08 et 09 juin 2026.
Selon les informations recueillies, il s’agit des journalistes Chahana Takiou et Abdrahamane Keïta.
Monsieur Chahana Takiou est fondateur et Directeur de Publication du Journal « 22 septembre », il est considéré comme une icône de la Presse Malienne. Faisant partie des doyens de cette Presse et sans nul doute parmi les hommes et les femmes qui n’hésitent pas de monter au créneau quand il s’agit de défendre la Presse et les libertés individuelles.
Il a été placé sous mandat de dépôt le 8 juin par le pôle judiciaire anti-cybercriminalité pour « atteinte au crédit de l’État à travers l’institution judiciaire » après avoir estimé, précisément, que ce pôle spécialisé ne respectait pas la procédure prévue pour les délits de presse. Son jugement est prévu le 27 juillet 2026.
Quant au nommé Abdrahamane Keïta du journal « Le Témoin », il a également été placé sous mandat de dépôt le mardi 9 juin par le même pôle anti-cybercriminalité, après avoir déploré que Kidal, sous contrôle des jihadistes du Jnim et des rebelles du FLA depuis le 25 avril, soit actuellement « administrée » par Iyad Ag Ghaly, chef du Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans). il doit répondre du « délit à caractère régionaliste qui tend à porter atteinte à l’unité nationale et au crédit de l’Etat » et « publication et diffusion d’informations fausses et trompeuses dans l’intention que ces informations soient considérées comme authentiques par le biais d’un système d’information » et son affaire sera examinée le 17 août.
Les deux professionnels formaient le Grand jury dans une émission de large audience de Renouveau Tv et sont écroués à la Maison centrale d’arrêt de Bamako.
Dans un communiqué, la Maison de la presse, qui rassemble les organisations maliennes de la profession, a condamné « avec fermeté » le placement sous mandat de dépôt de Chahana Takiou, « qui ternit l’image de la justice, de la presse et de notre pays ». La Maison de la presse annonce « des actions futures qui seront entreprises contre cette atteinte flagrante et grave à la liberté d’opinion et de presse ».
Commentaires :
La nouvelle de ces interpellations est tombée à la surprise générale d’autant qu’elles ont lieu au lendemain du Forum Panafricain des Médias tenu à Bamako et dont certains des participants n’ont pas encore regagné leurs pays. L’initiative, portée par la Maison de la presse du Mali, a été fortement soutenue par le gouvernement, les deux parties ayant conscience du rôle que devrait tenir la presse africaine face au terrorisme sous sa forme médiatique.
Dans le paysage judiciaire national, une tendance préoccupante se confirme : le chef d’accusation d’« atteinte au crédit de l’État » s’impose désormais comme une arme récurrente contre les professionnels des médias et les voix critiques. Cette qualification, de plus en plus utilisée dans les procédures, soulève des inquiétudes quant à la liberté d’expression et au droit à l’information. Le Réseau Ouest Africain des Défenseurs des Droits Humains (ROADDH) suit de près cette évolution et alerte sur ses implications pour la démocratie et la protection des défenseurs des droits humains.



