Mme Diallo Asmaou : “La solidarité est notre plus grande force”

asmaou diallo avipa

Lauréate du « Prix de la Solidarité » lors de la première édition de Mousso Sigui, rencontre annuelle des Femmes Défenseures des Droits Humains (FDDH) de l’Afrique de l’Ouest qui s’est tenue les 30 et 31 juillet 2026 à Abidjan (RCI), Mme Diallo Asmaou, présidente de l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA) en Guinée, revient sur le sens de cette distinction. Elle partage son expérience, les défis auxquels font face les défenseures, et l’importance de bâtir un réseau solidaire et durable pour renforcer la résilience des femmes engagées dans la défense de la dignité humaine.

Question 1. Mme Diallo Asmaou, vous êtes lauréate de la 1ère édition du prix de la Solidarité, que représente ce prix pour vous ? Et aussi pour toutes les femmes qui défendent les droits humains dans votre région ?

Recevoir le Prix de la Solidarité de la première édition de « Mousso Sigui » est pour moi un immense honneur, mais surtout une grande responsabilité. Je considère que cette distinction dépasse largement ma personne. Elle rend hommage à toutes les survivantes qui ont trouvé le courage de transformer leur souffrance en force, ainsi qu’à toutes les femmes défenseures des droits humains qui, chaque jour, œuvrent dans des contextes parfois très difficiles pour défendre la dignité humaine.

Ce prix est aussi un message d’espoir. Il rappelle que le travail des femmes défenseures est reconnu et qu’il mérite d’être soutenu. Dans notre région, où les défis sont nombreux, cette reconnaissance nous encourage à poursuivre notre engagement avec encore plus de détermination. Elle nous rappelle également que nous ne sommes pas seules : la solidarité entre femmes est l’une de nos plus grandes forces.

Question 2. Vous souvenez-vous d’une action concrète de solidarité entre femmes qui vous a vraiment marquée dans votre parcours ?

Oui, plusieurs moments m’ont profondément marquée. Mais celui qui me touche le plus est la solidarité que j’ai observée entre les survivantes des événements du 28 septembre 2009.

Alors que chacune portait ses propres blessures, elles ont choisi de se soutenir mutuellement, d’accompagner celles qui avaient peur de témoigner, de partager leurs expériences et de reconstruire ensemble leur dignité. Cette solidarité a été déterminante dans notre combat pour la justice.

J’ai également été profondément marquée par la mobilisation de nombreuses femmes défenseures des droits humains, en Guinée comme dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, qui nous ont accompagnées, soutenues et ont porté notre voix sur les scènes nationale, régionale et internationale. Leur engagement m’a appris qu’aucun combat ne se gagne seul.

Question 3. Selon vous, quels sont les plus grands problèmes que rencontrent aujourd’hui les femmes qui défendent les droits humains en Afrique de l’Ouest, et comment peuvent-elles devenir plus fortes ensemble ?

Les femmes défenseures des droits humains sont confrontées à de nombreux défis : les menaces, les intimidations, les campagnes de diffamation, les violences basées sur le genre, le manque de ressources, les restrictions de l’espace civique et parfois l’absence de mécanismes de protection adaptés.

À ces difficultés s’ajoutent souvent les responsabilités familiales et les stéréotypes sociaux qui rendent leur engagement encore plus exigeant. Je suis convaincue que notre force réside dans la solidarité. Nous devons renforcer nos réseaux, partager nos expériences, développer des mécanismes d’alerte et de protection, renforcer nos capacités et parler d’une seule voix lorsque l’une d’entre nous est menacée.

Lorsque nous nous soutenons mutuellement, nous sommes beaucoup plus fortes et beaucoup plus résilientes.

Question 4. Comment pensez-vous que « Mousso Sigui » va aider à créer un réseau solide et durable entre les femmes défenseures des droits humains de la région ?

Je pense que « Mousso Sigui » est une initiative extrêmement importante, car elle crée un véritable espace de rencontre, de dialogue et de reconnaissance entre les femmes défenseures des droits humains d’Afrique de l’Ouest.

Au-delà de la remise d’un prix, cette initiative favorise les échanges d’expériences, le partage des bonnes pratiques, la mise en réseau et la solidarité entre femmes engagées dans des contextes différents mais confrontées à des défis souvent similaires.

J’espère que cette dynamique se poursuivra dans le temps à travers des actions communes, des formations, des mécanismes de soutien mutuel et un plaidoyer régional en faveur d’une meilleure protection des femmes défenseures des droits humains.

Construire un réseau durable, c’est aussi construire une voix collective capable d’influencer les politiques publiques et de promouvoir une culture des droits humains dans toute notre région.

Question 5. Quels conseils prodigueriez-vous aux jeunes femmes qui veulent défendre les droits humains, même si elles savent que cela va être difficile à cause des problèmes sociaux, politiques ou de sécurité ?

Je voudrais leur dire de ne jamais sous-estimer la valeur de leur voix.

Le chemin ne sera pas toujours facile. Il y aura des moments de doute, des obstacles, parfois même des risques.

Mais chaque avancée en matière de droits humains est le résultat du courage de femmes et d’hommes qui ont refusé d’abandonner.

Je les encourage à se former, à travailler avec intégrité, à rejoindre des organisations crédibles, à développer des réseaux de solidarité et à prendre soin d’elles-mêmes, car défendre les autres suppose aussi de préserver sa propre sécurité et son bien-être.

Enfin, je voudrais leur rappeler qu’elles ne sont pas seules. D’autres femmes ont ouvert la voie avant elles, et aujourd’hui nous avons la responsabilité de leur tendre la main afin qu’elles puissent, à leur tour, devenir des actrices du changement.

Je crois profondément que chaque femme qui ose défendre les droits humains contribue à bâtir une société plus juste, plus inclusive et plus humaine pour les générations futures.

Merci beaucoup

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